Cooperation Régionale - Partie IV

IV - COOPERATION SOLIDAIRE ET CO-DEVELOPPEMENT

"Les pays, dit la sagesse populaire, n'ont pas d'amis. Ils n'ont que des intérêts". Les discours humanistes qui entourent les actions de solidarité ou d'aide au développement ne peuvent masquer que la coopération est un élément essentiel des relations internationales, traduisant les préoccupations politiques, économiques et culturelles des pays qui en prennent l'initiative. Conscientes de ces enjeux, les parties prenantes aux processus de coopération, gouvernements, agences diverses, ONG et acteurs de terrain locaux, les intègrent dans leurs perceptions et dans leurs stratégies.

Quels sont les enjeux d'une politique de coopération martiniquaise ? A ce stade de la réflexion, un objectif découlant de l'analyse des réalités observées (diverses, contrastées et parfois conflictuelles) et subordonné à l'impératif de développement de la Martinique pourrait être de réaliser une synthèse entre l'affirmation d'une identité caribéenne solidaire d'une part, et l'instrumentalisation ambitieuse de notre intégration à l'Union européenne d'autre part. De cette synthèse découleront des positionnement et des modes opératoires contribuant à l'expression des potentiels économiques, humains et culturels martiniquais à la travers la réalisation de projets de développement concernant la Caraïbe. C'est cet ensemble qui est désigné par le concept de Coopération Solidaire.

IV.1 - Une position d'interface à valoriser

IV.1.a - Une identité caribéenne porteuse de solidarités

La solidarité entre les pays de la Caraïbe s'exprime dans plusieurs dimensions, qui dépassent pour la plupart les cadres institutionnels et les circuits officiels pour s'exprimer dans l'informalité des connivences culturelles, dans la longue habitude des cabotages commerciaux, dans la solidarité enfin de liens tissés au gré des migrations et renforcés par la conscience de destins parallèles. Fondée sur des bases historiques, géographiques et culturelles, cette solidarité a vocation à servir de cadre pour des relations privilégiées.

Partageant, au-delà des éventuelles différences linguistiques, des éléments de leurs mentalités respectives, les Martiniquais et les autres Caribéens disposent d'une base fertile pour établir des partenariats de travail efficaces, dans le cadre de projets de développement concernant leurs pays respectifs. Les appels de
Chefs d'Etats caribéens, comme le Président haïtien René Préval, pour une plus grande implication des originaires et des institutions des Départements Français des Amériques dans les projets financés par la France ou l'Union européenne peuvent témoigner que cette opinion est largement répandue dans la région.

      "Nous sommes accoutumés de penser en termes archipéliques. Mettons nos actes en accord avec cette belle démesure, qui n'est ni désordre ni affolement. Appelons Barbade et Jamaïque, Trinidad et Porto Rico, appelons Cuba et Haïti. Voyons comme nous greffons l'Utopie sur ces plants rassemblés de la végétation créole. Du moins, proposons-le. Nous avons besoin d'eux, ils ont besoin de nous.

      Non, la notion de besoin est limitatrice. Les peuples de la Caraïbe sont en nous, et nous sommes en eux. Contribuons s'il se peut à faire de ces archipels des lieux tenaces dans le monde, superbement des lieux communs."

      Edouard GLISSANT - Homme de lettres

      "La Caraïbe et "Tout-Monde"

      Allocution lors du colloque "36 Heures pour la Caraïbe", Juillet 1997

IV.1.b - Une appartenance européenne sur laquelle capitaliser

La reconnaissance des spécificités des régions ultra-périphériques de l'Union européenne, convergent chez cette dernière avec la conscience des problématiques de développement des pays de la Caraïbe. En conséquence, des dispositifs et des financements favorisant l'intégration des D.F.A. dans leur espace régional ont été mis en place. Si elles sont abondantes, ces ressources sont également difficiles à mobiliser, du fait de la complexité des procédures européennes. Un effort doit être entrepris pour s'en assurer la maîtrise.

      "Depuis de nombreuses années déjà, la Commission des Communautés Européennes essaie de promouvoir une politique tendant à favoriser d'une part les rapprochements entre DOM, PTOM et pays ACP participant d'un même ensemble géographique, d'autre part de prévoir des mesures spécifiques permettant aux DOM de mieux s'insérer dans un environnement régional. C'est ainsi que les programmes de coopération interrégionale bénéficient de cadres juridiques et financiers favorables tant dans POSEIDOM que dans la Convention de Lomé.

      […] Dans le cadre de la coopération entre les régions ultra-périphériques et les pays tiers voisins, en particulier les Etats bénéficiaires de la quatrième convention ACP-CEE, sont éligibles les mesures suivantes : aides à la réalisation de séminaires, de réunions, de missions, d'études, et au démarrage d'organismes afin de rechercher des partenaires, de définir et de mettre sur pied des actions communes de coopération; aides aux services et à l'achat d'équipements nécessaires à la mise en place d'actions communes, notamment dans les domaines touristique et commercial, etc."

      Marc JANUS - Université des Antilles et de la Guyane

      "POSEIDOM et la Coopération Régionale" - 1991

Accès aux fonds européens : un rôle de facilitation nécessaire

Un des principaux aspects de la valorisation de l'appartenance européenne des Départements Français des Amériques pourrait être de contribuer, grâce à leurs compétences administratives et techniques, ainsi qu'à leurs réseaux, à un meilleur accès des porteurs de projets caribéens aux financements disponibles. Il s'avère en effet que la mobilisation des ressources disponibles est bien inférieure aux prévisions, du fait de la difficulté qu'ont les acteurs à formater leurs projets et demandes de fonds selon les critères des bailleurs de fonds. Cette situation se traduit sur le terrain par une prépondérance des ONG internationales et étrangères sur des organisations civiles locales qui s'épuisent à rechercher les moyens de leur simple subsistance.

      "En dépit des efforts déployés par l’Union européenne et par les fonctionnaires régionaux des Caraïbes en charge de Lomé, la coopération décentralisée en est toujours au stade de la théorie. L’an dernier, moins de 8% de l’ensemble du budget alloué à la région a été consommé. La mise en œuvre des principes et de la vision de base de la coopération décentralisée a été estompée par des discussions de procédure qui ont empêché la concrétisation d’initiatives novatrices et qui ont en outre écourté la mise en place de l’élément essentiel de la coopération décentralisée: un dialogue politique de développement entre le Nord et le Sud...

      […] La mise en œuvre de la coopération décentralisée est prise au piège. D’un côté, on a conçu des procédures coûteuses, verticales et complexes : une sorte de cocktail dans lequel des procédures nationales verticales (parfois déresponsabilisées) ont été mélangées au mode de fonctionnement coûteux et complexe de l’Union européenne. De l’autre, le manque d’information, d’expérience et parfois une incapacité des organisations non gouvernementales locales et régionales à présenter des projets de haut niveau amenuisent les chances de voir cette forme de coopération devenir une réalité. "

      Josefina Stubbs, OXFAM (ONG internationale de développement)

      "Caraïbes: de la théorie à la pratique"

in LIAISON SUD, N°1- Avril 1997

IV.1.c - Penser l'interface comme une synthèse dynamique

Dans le cadre du débat sur le développement de la Coopération Régionale, les arrière-plans politiques et idéologiques des différents intervenants rendent nécessaire une clarification des concepts proposés, pour ne pas remettre en cause un consensus fragile.

Ni "vitrine", ni "tête de pont" : l'affirmation d'une identité positive

Parler de la position d'interface de la Martinique, située entre Europe et Caraïbe, et mettre en avant les potentialités de cette double appartenance pourrait, dans un premier temps, ramener les images de "vitrine de l'Europe" ou de "tête de pont" du monde industrialisé. Ces expressions, qui ont connu un succès à la mesure des critiques qu'elles ont suscité, ne conviennent pas pour exprimer la philosophie d'un projet de Coopération Solidaire. Rien de moins interactif qu'une vitrine, dispositif statique destiné à exciter les pulsions consuméristes sans tenir compte des frustrations générées par le spectacles de richesses inaccessibles au plus grand nombre. Rien de moins dynamique qu'une tête de pont, structure utilitaire qui ne prend aucune part aux stratégies auxquelles elle sert de support logistique.

Penser la Martinique comme une interface, dans le cadre d'un projet de Coopération Solidaire, c'est réaliser une synthèse dynamique de ses deux appartenances caribéenne et européenne. C'est la concevoir comme un élément privilégié par ses relations avec les deux ensembles, s'inscrivant dans un processus de développement profitable à tous ceux qui y prennent part. Le concept de Coopération Solidaire doit donc être perçu comme une stratégie de résolution, par et à travers l'action, des problématiques identitaires martiniquaises. L'engagement des acteurs institutionnels et civils martiniquais dans une stratégie contribuant à l'épanouissement de la Caraïbe, en proposant une "nouvelle frontière" aux forces vives locales, apparaît comme le meilleur moyen pour ouvrir des espaces d'affirmation à une identité qui pourra, en se pensant et en se vivant comme dynamique et ouverte au monde, échapper aus ressassements, aux rancunes stériles et à la victimisation séculaire.

S'affirmer comme un véritable acteur régional

Une opinion de plus en plus répandue tient qu'il existe un certain risque que l'Union européenne se détourne des pays ACP et de ses régions ultra-périphériques, pour consacrer l'essentiel de ses efforts et ses ressources à l'Europe Orientale, plus proche géographiquement et culturellement, et plus susceptible de constituer un marché de masse dans les décennies à venir. Si ces craintes peuvent faire l'objets de débats contradictoires, il est certain que la manifestation d'un dynamisme caribéen réel et la mise en place d'initiatives structurantes sont les plus à même de garantir le maintien des flux financiers européens à l'avenir.

La non consommation de l'intégralité des fonds disponibles, du fait d'une capacité d'absorption limitée de la Caraïbe (par manque de projets formatés aux normes définies pour les lignes budgétaires et de ressources administratives suffisantes en nombre et en qualité pour en assurer le suivi) se révèle être le principal facteur qui risque de conduire à une diminution des fonds accordés.

IV.1.d - Ouvrir des perspectives pour la jeunesse martiniquaise

La mobilisation des jeunes Martiniquais(es) pour le développement de réseaux de coopération caribéens apparaît comme une évidente nécessité. Apportant leurs compétences et leur disponibilité, leur volonté d'engagement et leur énergie, ils doivent être placés au centre d'une politique de développement s'inscrivant nécessairement dans la durée.

Le premier des bénéfices que l'on peut attendre d'une telle politique sera que les réseaux individuels constitués à l'occasion de missions de coopération diverses, et couvrant divers pays de la région, pourront servir d'amorce à des relations économiques, politiques et culturelles dont la Martinique tirera profit de manière certaine. Les carrières professionnelles de ces jeunes coopérants bénéficieront pour leur part, grâce à une expérience "précoce" et significative, d'une impulsion décisive et d'une ouverture pragmatique sur les réalités de l'environnement régional.

Les bénéfices retirés de la mise en place du dispositif des Coopérants du Service National, aussi bien pour les administrations que pour les entreprises (avec les CSNE) françaises, montrent bien la validité d'une telle approche. En conséquence, penser la Coopération Régionale de la Martinique doit donc être, de façon déterminante, penser le développement de dispositifs permettant la mobilisation des jeunes professionnels martiniquais pour des actions concrètes aux côtés des institutions, organisations civiles et entreprises de la Caraïbe.

IV.2 - Principes fondateurs d'une Coopération Solidaire

C’est en formulant et en mettant en pratique une ligne directrice claire que la coopération martiniquaise affirmera sa cohérence et son identité propre auprès de ses interlocuteurs caribéens ou européens, asseyant ainsi sa crédibilité tout en s'assurant une lisibilité favorisant l'établissement de partenariats sans ambiguïté.

Les principes qui vont suivre ont été construits par la synthèse de deux sources. Premièrement, une analyse critique des politiques de développement menées par les principales institutions présentes dans la Caraïbe, originaires pour la plupart des pays industrialisés, a fourni un aperçu significatif des modes opératoires contemporains et de leurs justifications. Dans un deuxième temps, des échanges approfondis avec les acteurs locaux du développement, en particulier en Haïti, a permis de cerner les limites de ces politiques telles qu'elles sont perçues par les observateurs de divers niveaux sociaux.

IV.2.a - Principe N°1 : Partir de l’existant

Une solidarité effective, déterminée à contribuer à l’amélioration des situations auxquelles elle s’adresse, doit dépasser le stade de la charité compatissante et (parfois) condescendante, et commencer par une évaluation des besoins et des ressources disponibles localement.

Certaines initiatives, partant d’un "coup de cœur", échouent pour n’avoir pas pris en compte les réalités du terrain. En proposant des solutions toutes faites, transplantées dans un contexte radicalement différent, elles courent de plus le risque de laisser de côté les réalisations locales, voire de les marginaliser au lieu de bénéficier de leur expertise et de leurs réseaux. Un premier impératif est donc de faire précéder toute nouvelle initiative de coopération par une étude approfondie et un inventaire des réalisations effectives et des partenaires locaux potentiels.

Les actions de coopération seront conçues comme un apport de compétences et de ressources à des initiatives existantes. En termes de principes, il s’agira donc de "Faire avec" plutôt que de "Faire pour", la maîtrise des projets restant aux partenaires locaux. Un corollaire de ce principe est la mixité des équipes de travail, favorisant le développement d’échanges sur un pied d’égalité, et s'inscrivant dans un objectif de pérennisation des actions entreprises.

IV.2.b - Principe N°2 : Valoriser la dimension pédagogique des expériences

De même que les réflexions théoriques doivent se nourrir de l’observation et de l’analyse des réalités de terrain pour échapper à la spéculation stérile, l’action concrète doit s’appuyer sur un travail d’évaluation, de synthèse et de remise en cause, pour ne pas se limiter à un pragmatisme répétitif et sans perspectives.

Prendre les projets de coopération comme objet d’étude, parallèlement à leur développement, permettra de mobiliser les ressources universitaires de Martinique, de la Caraïbe et de l’Union européenne. Les pôles de recherche en matière de développement social et économique, aussi bien ceux existant que ceux qui viendraient à se créer, ont vocation à s’intégrer à la dynamique de coopération comme des acteurs essentiels. Il pourrait s'agir soit de compléter les compétences des personnes évoluant dans le domaine de la Coopération par des formations ad hoc, soit de développer à partir des projets réalisés des travaux de recherche de niveau universitaire.

Le moindre des avantages d’une telle approche sera de doter les projets de coopération d’une véritable mémoire, ouverte à tous. Grâce aux nouvelles technologies, bases de données, mémoires d’études, manuels pratiques et documents audiovisuels pourront être tenus à la disposition des projets et des générations futurs.

IV.2.c - Principe N°3 : Mettre l'accent sur des réseaux internationaux équilibrés

Il ressort d'une analyse du développement économique et culturel de la Caraïbe qu'une des principales raisons de la situation actuelle est l'insertion des pays de la région dans des réseaux qui remontent à la période coloniale, réseaux qui sont définis et maîtrisés de manière presque exclusive par les pays industrialisés.

Correspondant en cela à un axe stratégique reconnu globalement, y compris par des acteurs industrialisés, le troisième principe de la Coopération Solidaire doit être de contribuer à l'établissement de réseaux Sud-Sud permettant, autant que possible, la mobilisation de ressources caribéennes pour la réalisation des projets de développement. L'exemple du centre de santé communautaire de Taillefer, dont la charpente en aluminium a été conçue et réalisée par des Jamaïcains, constitue en cela un exemple à suivre.

Il s'agit également, à travers la mobilisation des ressources des pays industrialisés, de contribuer à l'émergence de nouveaux modes de relation, plus équilibrée, en contribuant de manière active aux efforts de promotion menés par les pays caribéens auprès de leurs partenaires du Nord: valorisation de leurs cultures, de leurs réalisations concrètes, facilitation des échanges et des voyages d'études…

IV.3 - Modes d'action de la Coopération Solidaire

Les modes de coopération qui semblent les plus efficaces et les plus susceptibles de contribuer au co-développement de la Martinique et de ses partenaires caribéens sont d'une part la mise à disposition de compétences et d'autre part, la médiation technologique et financière.

IV.3.a - Pourquoi la mise à disposition de compétences ?

Mettre des Coopérants à la disposition des entités avec lesquelles sont mises en place des actions de coopération constitue un mode de coopération relativement classique, pratiqué de longue date par les principaux Etats ayant l'initiative des actions d'aide au développement. On peut citer le Peace Corps des Etats-Unis ou les Coopérants du Service National français, pour les pays industrialisés, mais des exemples sont également fournis par des ressortissants de pays émergents ou du Tiers-Monde : agronomes de Taiwan, spécialistes de la riziculture, dans la plaine de l'Artibonite en Haïti, médecins cubains en Amérique Centrale au lendemain du cyclone Mitch, en 1998.

Le premier objectif de la mise à disposition de compétences est de réaliser, au cours des actions entreprises, un échange de connaissances et d'expériences bénéficiant aux deux parties prenantes. Cet échange peut se faire soit directement, à travers des actions de formation s'appuyant sur les réalités immédiates et l'activité quotidienne des structures partenaires, soit par une contribution des Coopérants au travail de recherche et à la conception des projets envisagés par ces structures. On peut également attendre un effet "catalytique" de la présence des Coopérants : la structure-hôte, confrontée à des méthodologies et des analyses différentes de celles qu'elle pratique traditionnellement, peut de ce fait s'engager dans un processus interne de remise en cause et d'expérimentation débouchant sur de réelles innovations.

Au-delà de la manifestation concrète d'une solidarité entre les peuples caribéens, travaillant côte à côte de manière effective, cette approche de la coopération peut, beaucoup plus que les actions humanitaires ponctuelles ou les rencontres internationales (qui concernent les chercheurs et universitaires ou les gouvernements) favoriser le développement de liens durables entre les sociétés, les institutions ou les entreprises, et contribuer ainsi à la constitution de véritables réseaux à finalité politique, commerciale ou culturelle.

Le fait de placer des Martiniquais durablement au contact des réalités des autres pays de la Caraïbe participe de plus d'une pédagogie de la coopération et de l'intégration caribéenne, tout comme les différents programmes de l'Union européenne (du type ERASMUS) contribuent à l'émergence d'une conscience européenne non seulement chez leurs bénéficiaires, mais aussi au sein des communautés dont ils sont issus (familles, institutions d'enseignement…)

IV.3.b - Définir la médiation technologique et financière

La finalité du secteur de l'aide au développement (agences internationales, organisations non-gouvernementales, cabinets d’études et de conseil…) est l’intermédiation entre les bailleurs de fonds et les bénéficiaires des lignes budgétaires allouées à la réalisation de divers objectifs, à travers un ensemble de prestations de collecte de données, d’analyse, d’évaluation, de suivi d’exécution ou même de réalisation des projets.

Faciliter l'accès aux financements internationaux…

Par sa position d'interface, sa double appartenance à la Caraïbe et à l'Union européenne, une structure martiniquaise de coopération, travaillant en réseau avec les organisations de divers pays de la Caraïbe peut contribuer à renforcer la fiabilité et la crédibilité des projets locaux, facilitant ainsi leur accès aux fonds consacrés au développement par la France, l’Union européenne ou les organismes mondiaux.

Une telle perspective ne doit nullement être envisagée comme une "mise sous tutelle" des projets concernés. Bien au contraire, un des objectifs majeurs de la coopération, dont on rappelle qu'elle doit s'intégrer aux initiatives existantes, consisterait dans cette optique à contribuer à l'amélioration des projets caribéens dans leur conception, leur planification, la mise en place d'outils de suivi et d'évaluation et finalement dans leur présentation aux bailleurs de fonds potentiels.

et aux méthodes et technologies innovantes

Cette même logique d'apport de compétences a vocation à concerner la réalisation des projets à travers la recherche de solutions innovantes et la mobilisation de ressources technologiques adaptées aux réalités de terrain. La dimension de valorisation pédagogique des projets a un rôle essentiel à jouer dans ce cadre. Le Coopérant jouerait auprès des entités locales un rôle de "courtier en informations et en technologies", mettant à contribution des réseaux hors de portée des acteurs locaux. Dans cette optique également, il est envisageable de recourir intelligemment aux ressources de l'Union européenne, mais également d'autres continents qui ont développé des solutions à leurs problèmes de développement. L'utilisation des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication constitue une perspective essentielle pour cela.

IV.4 - Champs d'action de la Coopération Solidaire

La Coopération Solidaire doit être pensée pour la Martinique comme une façon d'être de plain pied dans la Caraïbe, en capitalisant sur les opportunités offertes par les avatars d'une Histoire qui a longtemps joué contre le développement durable de cette région du monde. Elle peut donc être comprise comme une approche globale, concernant tous les champs de l'existant caribéen. Le passage à la mise en œuvre d'une telle politique implique pour sa part que des axes prioritaires cohérents, en nombre limité, soient définis pour les premières actions de terrain.

Les trois domaines retenus sont : 1° - le soutien aux institutions et collectivités; 2° - les droits humains et le développement social; 3° - les relations économiques.

IV.4.a - Soutien aux Institutions et Collectivités Publiques

Les institutions des pays de la Caraïbe, aussi bien au niveau national que local, souffrent souvent de carences graves en termes de moyens et de compétences, carences qui limitent leur capacité à prendre en charge de manière effective les besoins des populations en matière de santé, d'éducation, d'urbanisme, etc.

Les actions des bailleurs de fonds internationaux témoignent, selon leur obédience, de la diversité des logiques qui président à l'appréciation du développement institutionnel des pays caribéens : ajustements structurels et renforcements organisationnels peuvent, de ce point de vue, se succéder ou même se superposer, dans un contexte dont la souveraineté des Etats caribéens ne sort pas toujours indemne.

Au delà des aspects matériels, pour lesquels les moyens d'action directe de la Martinique seront limités, les besoins qui se manifestent et peuvent être satisfaits concernent aussi bien des expertises ponctuelles que le développement des compétences des agents à tous les niveaux hiérarchique, l'accent étant mis sur le milieu rural, où les structures se caractérisent souvent par leur manque de ressources.

Des ressemblances à valoriser

Dans ce contexte, la Coopération Solidaire martiniquaise doit avant tout se concevoir comme une volonté de contribuer aux orientations déterminées sur place, par la mise à disposition de compétences spécifiques en matière technique, juridique ou de gestion. Les éléments de similitude entre les collectivités publiques de la Martinique et des autres pays de la Caraïbe (conditions climatiques, conditions historiques de développement, caractéristiques comparables des populations et des modes de vie…) doivent de ce point de vue être regardés comme des atouts déterminants pour une telle politique, dont l'objectif sera le développement durable des ressources locales.

IV.4.b - Droits Humains et Développement Social

La notion de solidarité entre peuples de la Caraïbe, doit s'exprimer par une contribution aux expériences des premiers acteurs du développement, à savoir les populations. Bien que les contextes politiques et sociaux soient extrêmement variés selon les pays de la région, partout les organisations de la société civile tentent de pallier aux insuffisances d’Etat limités en moyens, par un travail considérable de formation et d'encadrement des secteurs les plus vulnérables de la population (alphabétisation, éducation sanitaire ou civique…), et par la réalisation de micro-projets de développement local.

Apporter une aide aux initiatives de la base

L'enjeu fondamental de ces initiatives est de lutter contre les facteurs de désagrégation du corps social issus d'un environnement urbain en crise permanente, ou de permettre un développement durable et une structuration des espaces ruraux qui en fassent des lieux de vie plus acceptables, limitant ainsi les phénomènes migratoires. La nécessité d'inventer perpétuellement des modes de participation de la population qui dépassent le cadre formel de la démocratie représentative et la problématique de la promotion féminine apparaissent naturellement, dans ces processus, comme des objectifs primordiaux.

Les principaux problèmes de ces entités tiennent à leur faiblesse organisationnelle (manque de personnel, de formation, déficiences de la formulation des objectifs et de la stratégie), doublée d'une recherche de financements souvent compromise par des difficultés à satisfaire les critères d’allocation fixés par les bailleurs de fonds. Une politique de coopération peut être réellement novatrice si elle ambitionne d’accompagner ces groupes de base (organisations de base, comités de quartier, coopératives agricoles ou artisanales, groupes religieux ou culturels) pour les aider à atteindre leurs objectifs.

L'extrême richesse des expériences et des recherches qui peuvent être menées dans ce cadre sur le fonctionnement des sociétés et la réalité du développement pourrait constituer, à elle seule, une motivations suffisante pour entreprendre de telles actions. Plus fondamentalement, de telles expériences seront de nature à nourrir en Martinique et ailleurs de nécessaires réflexions sur le fonctionnement des sociétés et les valeurs de la démocratie.

IV.4.b - Prospection Commerciale et Transferts Technologiques

L’exiguïté des marchés locaux et la faiblesse de la demande solvable sont souvent considérés comme des facteurs limitant le développement des entreprises de la Caraïbe. On a précédemment démontré que la carence de réseaux commerciaux performants spécifiques à la Caraïbe relègue les échanges actuels au niveau de l'informalité et des spéculations ponctuelles. Un objectif stratégique pour le développement de la coopération économique doit donc être l'établissement de réseaux caribéens.

Créer des réseaux économiques

Une coopération économique ambitieuse doit se fixer pour objectifs le développement de courants d'affaires et la facilitation d'échanges technologiques entre les entreprises martiniquaises et leurs homologues caribéennes. Le positionnement de coopérants en interface entre des entreprises de Martinique et leurs homologues caribéennes, ou leur intégration au sein des institutions consulaires locales ou mixtes sont de nature à permettre, davantage que les visites ponctuelles actuellement organisées, la recherche efficace de complémentarités et la prospection d'opportunités d'affaires, à travers l'établissement de liens de confiance et une connaissance approfondie et opérationnelle des marchés locaux.

Divers modes d'action peuvent être retenus pour parvenir à cet objectif de développement des réseaux à finalité économique : mise à disposition d'experts techniques, permettant une amélioration des processus de production, du marketing ou des méthodes de commercialisation; missions de prospection commerciale, participation à l'organisation de manifestations à finalité économique (salons, foires…); transferts de technologies dans le cadre de prestations ponctuelles ou de joint-venture, pouvant également intégrer les pôles de compétences tels que centres de recherche, institutions de formation…

Il serait prématuré de prétendre figer ici les modalités d'une coopération économique qui, quels que soient les dispositifs et ressources mis à disposition, ne recevra de réelle impulsion que de la volonté des acteurs du monde de l'entreprise. C'est en partenariat avec ces agents économiques que devront être précisément définis les dispositifs les plus susceptibles de réaliser le potentiel de la Martinique en termes d'échanges avec l'espace caribéen.

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